Le thé et Star Wars

Il y a beaucoup en commun entre le thé et Star Wars.

Regardons déjà la hiérarchie. L’ordre jedi démarre avec les rangs d’initié et de novice. Dans le thé, tout le monde commence à ce niveau. C’est là que naît l’intérêt du thé. Souvent, nous ne comprenons pas ce qui nous attire, mais nous savons une chose : nous voulons en savoir plus ! C’est alors que nous devenons padawan. Il y a beaucoup de padawan. C’est un échelon tout à fait honorable. Dans l’univers de Star Wars, les étapes suivantes sont chevalier jedi, puis maître jedi. Il y a aussi des maîtres de thé, très expérimentés, mais aussi très peu nombreux. En revanche, il y a un entre-deux, entre le padawan que je suis et le maître du thé. Cet entre-deux correspondrait alors au chevalier jedi et définirait un individu ayant acquis une grande connaissance et capable de maîtriser le qi.

La force est centrale dans Star Wars. Ce champ d’énergie reliant les êtres et les choses est inspiré du qi oriental. Ce qi se retrouve aussi dans le thé. Tout le monde n’y est pas sensible. Attention à ne pas sombrer dans la facilité : le qi ne doit pas être confondu avec la théine. Rechercher la théine pure, c’est aller vers le côté obscur ! C’est ce qui correspondrait aux thés de mauvaise qualité, voire à l’excitation immédiate du café.

L’apprentissage du thé est fait de détours improbables et d’explorations surprenantes. En fin de compte, l’intérêt n’est pas seulement de découvrir l’univers du thé : il est aussi de découvrir son univers intérieur. Tout comme un guerrier jedi, cet apprentissage est l’occasion de s’écouter et d’apprendre à mieux se connaître.

Dégustons en comparant : Lao Shu Bai Cha

Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir comparer 2 thés blancs de Lincang dans le Yunnan, l’un de la récolte de 2018 en feuilles entières, l’autre de la récolte de 2017 en format compressé. Ces thés sont appelés Lao Shu Bai Cha, ce qui signifie thés blancs (Bai Cha) issus de vieux théiers (Lao Shu).

Avant de donner un avis, ayons en tête que nous sommes face à 3 comparaisons à la fois : une première sur l’effet de la compression, une deuxième sur le vieillissement et une troisième sur le millésime. Gare aux conclusions hâtives donc !

Commençons par le thé blanc de 2018 infusé à eau bouillante dans un petit gaiwan, environ 3 grammes. L’infusion est très parfumée avec des notes de vanille, d’amande et de fruits à la limite de l’opulence. C’est étonnant ! Il y a aussi ce côté vieux théiers en fond, plutôt discret. Le tout est très rond. Les infusions s’enchaînent ensuite avec le même registre.

Maintenant, continuons avec le thé blanc de 2017, infusé de la même façon. La texture change, c’est plus huileux. C’est aussi moins aromatique, ce qui fait ressortir le côté vieux théiers. En fait, je dirais qu’il a gagné en fluidité ce qu’il a perdu en arômes. Les infusions suivantes confirment ce constat.

Comme je le disais, ce sont 2 années différentes et peut-être la récolte de 2017 était de base moins parfumée. Si le vieillissement a un effet sur le profil aromatique, ce n’est pas forcément en l’affaiblissant. Sur la texture, la différence est plutôt nette et ne me surprend pas. En conclusion, il n’y a pas de conclusion. Cette dégustation comparative n’est là que pour donner des idées de réflexion et ce ne sera qu’en les multipliant que je pourrai en déduire certaines vérités.

Matcha au vert, épisode 5

La tradition du matcha en extérieur continue. Ce jour-ci, c’est en visitant des ruines. Après être passé par le château du Hagelschloss caché au milieu de la végétation, je continue mon chemin jusqu’aux châteaux de Dreistein. En grimpant sur la partie librement accessible la plus haute, la vue est incroyable. A 360°, rien ne vient gêner le regard. C’est l’endroit qu’il me faut !

Je pose le bol. Je sors le tencha, et j’attends. Rien ne presse. J’observe les forêts en contrebas. Puis, quand vient le moment, quand mon esprit est apaisé et mon corps relâché, je commence la session.

Un animateur de colonie arrive avec quelques enfants, au pied du château. Ils sont silencieux et ne me voient pas. Quelle sensation incroyable que de se croire invisible quand les yeux peuvent parcourir librement des dizaines de kilomètres !

Le bol se termine, je remballe doucement le matériel. En descendant, je salue le petit groupe et je continue. Ce cinquième matcha au vert a tenu toutes ses promesses.

Le thé au travail

Je passe une grande partie de ma journée au travail. Dès lors, une question se pose : comment concilier thé et travail ? La pression sociale incite les gens à consommer des thés en sachet. Il est vrai que sortir un kyusu, ou encore battre la poudre de tencha devant ses collègues, peut paraître étrange. L’état d’esprit au travail, où un collègue peut faire irruption à tout moment pour demander un service, rend impossible à mon sens la préparation de beaucoup de thés. C’est pourquoi je me contente d’un thé qui s’infuse facilement, sans avoir à regarder sa montre, avec un rapport qualité / prix intéressant.

Parmi les thés que j’affectionne, il y a le Meng Ding Gan Lu, littéralement la Douce Rosée de Meng Ding. Ce thé est l’ancêtre des thés verts et est cultivé dans la province de Sichuan dans la montagne de Meng Ding. Oublions les idées reçues sur l’infusion des thés verts ! Il se prépare très facilement puisqu’il suffit de jeter une pincée de feuilles dans de l’eau bouillante et d’attendre une minute environ. Pas de panique si on l’oublie un peu car un grand Meng Ding ne donnera pas d’amertume. Et, même si le prix du thé que j’ai sélectionné peut faire peur, son infusion revient à environ 30 centimes, puisqu’on n’ajoute que peu de feuilles. Imbattable pour une telle qualité !

En définitive, ce thé me rappelle que même certains grands thés peuvent être dégustés au quotidien, dans une simple tasse, en toute simplicité. Et c’est là tout l’intérêt d’avoir un tel thé au travail.

Le bon état d’esprit

A chaque moment correspond un thé. Par exemple, je ne boirai jamais un Anji Bai Cha au travail. Autre exemple : rien ne vaut un sencha le matin au réveil ! Un dernier pour finir : un thé blanc aromatique est parfait au goûter.

Le Taiping Houkui est un thé que je range dans la catégorie des médi-thés, au même titre que un Anji Bai Cha. C’est un thé dont on savoure chaque gorgée, un thé où les pensées s’enchaînent guidées par notre imagination. Ce n’est pas un thé vif et éclatant et il peut même passer pour quelconque s’il n’est pas bu dans un moment de calme.

En cet après-midi de juillet, je savoure un verre de Taiping Houkui avec « Un Jour Avec Les Dinosaures », un livre qui se lit tout autant qu’il se contemple. Il n’y avait pas de théier au temps du Jurassique ou du Crétacé, mais cet accord brille par son antagonisme. D’un côté, la nature a mis au point des créatures immenses et foisonnantes dans un monde où la puissance était reine. D’un autre, elle nous a offert un raffinement sans pareil avec les feuilles de ces théiers Shidaye que l’Homme a su sublimer. Et aujourd’hui, tandis que mon esprit s’imagine spectateur de ce monde exotique, cent millions d’années ont été comblées en un centième de seconde grâce à cette liqueur apaisante.

Un thé glacé parfait

Quand vient l’été, l’envie d’un thé glacé apparaît. Malheureusement, le thé glacé est trop souvent associé à une boisson sucrée aux arômes bien éloignés de ce que peut offrir le thé. Et pourtant, faire un thé glacé n’est pas bien difficile  !

Que faut-il ? Rien de plus que de l’eau faiblement minéralisée, des bourgeons de thé de qualité et un contenant suffisamment grand pour étancher notre soif ! Je recommande particulièrement les bourgeons blancs de Kancha qui offrent une texture duveteuse légère et un profil aromatique complexe de fleurs et de fruits. Le bonus : les théiers poussant à l’état sauvage, il n’y a aucune trace de résidu chimique !

Ensuite, mon conseil est de mettre 10 grammes de bourgeons dans 1 litre d’eau pendant 24 heures au réfrigérateur. C’est tout ! L’opération peut être répétée plusieurs fois. J’ai aussi infusé à température ambiante, puis filtré la boisson avant de la placer au frais. C’est très bien, même si j’ai décelé une légère amertume. J’avoue beaucoup aimer la simplicité de la première solution.

L’infusion étant à froid, elle est très peu théinée et peut être consommée même avant d’aller dormir. Avec cette chaleur, il y en a donc chez moi toujours une bouteille prête à être consommée.

Simple et efficace, c’est clairement un favori pour l’été !

Matcha au vert, épisode 4

Il y a des traditions qui s’instaurent sans attendre : le matcha en pleine nature en fait partie. A peine essayé, je savais déjà que cela deviendrait une habitude. Marcher, observer, écouter, réfléchir, trouver un endroit, puis patienter ; c’est tout une routine qui se met en place pour profiter au mieux du moment.

Assis sur un banc, en ce dimanche de juillet, la carrière de Saint-Nabor s’offre à mes yeux. Plus au loin se dessine la Forêt Noire allemande. L’eau chaude, la poudre de tencha, le chasen, tout est prêt. Au moment opportun, je me lèverai pour battre la poudre. En attendant, à l’ombre, je me repose.

Pourquoi préférer un thé nature à un thé aromatisé ?

Il convient déjà de distinguer thé aromatisé et thé parfumé. Un thé aromatisé est un thé auquel des aromates ont été ajoutés, par exemple des graines de cardamome ou des huiles essentielles de bergamote. Le thé parfumé est différent. Les feuilles de thé nature s’imprègnent aisément des odeurs environnantes. C’est de ce principe que naît le thé parfumé. Un vrai thé au jasmin est par exemple un thé pour lequel les feuilles ont été mises au contact de fleurs de jasmin, et non un thé dans lequel on retrouve des pétales de jasmin !

Le bon thé n’a pas besoin d’être aromatisé. La qualité intrinsèque du théier, le terroir, les conditions climatiques, le savoir-faire du maître de thé et une multitude d’autres paramètres peuvent influencer le goût du thé. Par exemple, un thé appelé Oriental Beauty acquiert sa particularité grâce à la morsure d’un insecte sur les feuilles du théier ! En y réfléchissant un peu, ajouter des huiles essentielles dans un thé est une manière plutôt grossière et convient avant tout à un thé nature quelconque.

Finalement, n’est-ce pas un peu la même chose pour un vin ? Un rosé pamplemousse peut être désaltérant, mais il n’aura jamais la même profondeur ou complexité qu’un vin rosé élaboré avec du savoir-faire et provenant d’un terroir exceptionnel. La première question à se poser est donc : pourquoi ai-je envie de boire du thé ? Pour le petit déjeuner à la hâte avant de partir au travail ou pour partager un moment harmonieux, seul ou avec des amis ?

Le profil aromatique d’un thé peut le rendre unique. Tout comme pour un vin, cela ne fera pas tout. La texture, la cohérence, les sensations en bouche, dans la gorge et même dans le reste du corps sont autant d’autres caractéristiques qui feront toute la différence entre un thé nature de qualité et un thé aromatisé.

Aborder un thé

Aborder un nouveau thé, c’est comme aborder une nouvelle personne. Chaque thé est unique. Bien sûr, il y aura des constantes. Un thé vert pourra plus ou moins être abordé comme un autre thé vert, à quelques variantes près. Il y aura des exceptions et des thés verts abordés traditionnellement paraîtront terriblement fades alors qu’ils ont pourtant un réel potentiel en changeant un petit quelque chose. Finalement, en abordant une personne, connaître sa culture pourra faciliter la rencontre, mais ce ne sera pas pour autant la garantie de devenir un souvenir inoubliable. Il peut y avoir des coups de foudre ou des rencontres répétées pour nouer une relation durable.

Lorsque je me retrouve face à un thé, je me méfie de la première impression. Il y a des personnes qui m’ont fasciné lors de notre rencontre, mais un défaut pourtant discret au début est devenu omniprésent et bloquant. Il y a aussi certains de mes amis avec lesquels je ne me rappelle pas de notre première discussion car elle n’avait rien d’exceptionnel, ou que je n’étais pas dans un bon état d’esprit. Parfois même mon a priori avait été négatif car nous ne nous étions pas compris.

Tout comme il est facile de dire de quelqu’un que c’est un abruti, ce n’est pas forcément vrai. Nous ne recherchons pas toujours la même chose chez l’autre. Bien entendu, certaines personnes sont réellement stupides et certains thés sont réellement mauvais. Pourtant, parfois, en nous y prenant d’une façon différente, nous pouvons apprendre à apprécier quelqu’un. Alors, quand nous apprécions la personne, peu importe que nous nous y prenions bien ou mal, il y aura toujours quelque chose que nous aimerons chez elle. Ainsi, avec un thé que je n’aurais pas su préparer la première fois et qui aura été mieux maîtrisé par la suite, je peux rater une session. Alors que cette nouvelle rencontre m’aurait paru au début très quelconque, elle restera pourtant unique et savoureuse.

C’est quelque chose que j’ai appris. Il ne faut pas se précipiter et chercher à tout prix à multiplier les thés en espérant la perle rare. Elle est parfois juste devant ses yeux.